La convergence des luttes face aux divergences d’intérêts

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La convergence des luttes face aux divergences d’intérêts


La « convergence des luttes », nous en parlons de plus en plus, mais comment se traduit-elle sur le terrain ? Retour sur les actions de Carrefour, Gamm Vert ou dans les Bouches-du-Rhône, pour mieux comprendre en quoi se rassembler est, plus que jamais, indispensable !

D’un côté, nous avons les intérêts du patronat !

Pour le financier qui gouverne notre pays, c’est clair, il adopte la méthode « frapper fort, vite et partout simultanément » !
Il a pour objectif de détruire notre modèle social.
Les hôpitaux, les EHPAD, EDF, La Poste, tous les métiers de la Fonction publique, les éboueurs, le transport, Air France, l’industrie, la banque, le nettoyage, les avocats et magistrats, le commerce… Et la SNCF !
La force identitaire du mouvement repose non pas sur un grand refus devant l’avenir, mais sur une vision stratégique nouvelle de l’entreprise et de l’utilité sociale du service public.

Derrière la casse du statut des cheminots, c’est la casse d’un symbole qui motive Macron.
Il a piétiné le Code du Travail, maintenant reste à détruire les statuts qui dérangent et nous seront tous logés à la même enseigne, celle de l’esclavage !

Avec un mépris total de « ceux qui ne sont rien », Macron va jusqu’à la provocation.
Prélever une CSG sur les retraites pour financer soi-disant le développement des entreprises et d’un autre côté, demander aux travailleurs une 2e journée de solidarité pour financer les retraites !
Cherchez l’erreur…

Pourquoi ne pas demander aux patrons une journée de contribution sur le chiffre d’affaires réalisé plutôt que de ponctionner toujours les mêmes ?

Non, Macron préfère supprimer l’ISF et favoriser les salaires indécents des grands patrons.

Depuis longtemps, notre Fédération appelle à la convergence des luttes.
Étant donnée la violence des mesures prises contre le monde du travail, il faut TOUS être solidaires et unis dans nos actions.
Aux côtés des cheminots, des étudiants, des migrants, des privés d’emploi, des retraités et de tous ceux qui ont décidé de prendre leur avenir en main.

Les réformes lancées par le gouvernement, sans concertation, ont provoqué également le réveil d’un mécontentement accumulé depuis des années par la lente dégradation des conditions de travail et la situation sociale.

La politique néo-libérale actuelle des grands groupes creusent les inégalités et dégradent le rapport au travail.

La CGT doit mener une analyse approfondie des mutations actuelles, du capitalisme et du travail.

La convergence prend les revendications au plus près de ce que vivent les salariés au quotidien, c’est par cette transversalité que la solidarité se crée.

La bataille de l’opinion est devenue primordiale pour l’ensemble des partenaires.

La CGT doit réussir à déjouer les pièges tendus en termes de représentations médiatiques de la grève et plus largement de la contestation sociale, à ne pas se faire enfermer dans une image réductrice du syndicalisme.

Recueillir l’assentiment de l’opinion constitue un capital politique spécifique, à la fois pour éviter le piège de l’isolement et pour inscrire l’action revendicative dans une perspective d’intérêt commun.

Notre Fédération dit stop à l’oligarchie, stop à la dictature, stop à la gouvernance des matraques !

RÉSISTANCE ! TOUS EN LUTTE POUR UN AVENIR MEILLEUR !

Les travailleurs de Carrefour déterminés

La CGT rappelle que, contrairement aux affirmations de la direction, le groupe va bien, dégage chaque année des bénéfices et en redistribue généreusement près de la moitié aux actionnaires :
• en 2016, 1 milliard de bénéfices dont 500 millions aux actionnaires,
• en 2017, 760 millions de bénéfices dont 356 millions aux actionnaires.
De plus, Carrefour bénéficie chaque année de près de 400 millions d’euros d’aide de l’état en France.

Lors de l’annonce du Plan Bompard le 23 janvier dernier, la CGT a appelé l’ensemble des organisations syndicales à refuser de négocier le plan de départs volontaires de 2400 salariés et le plan de sauvegarde de l’emploi des 2300 salariés de la Proximité.

Ce front syndical devait nous permettre d’assurer la sauvegarde de tous les emplois en France.

Au lieu de cela, les syndicats ont décidé de négocier un plan de départs volontaires et un plan de sauvegarde de l’emploi au rabais et d’accompagner ainsi le licenciement de plusieurs milliers de salariés.

Les 30 et 31 mars derniers, une grève historique a eu lieu en France, avec près de 450 magasins mobilisés.

Cette mobilisation aurait pu - aurait dû - nous garantir un rapport de force suffisant pour exiger de la direction la sauvegarde de tous les emplois et une meilleure répartition des richesses.
Au lieu de cela, FO et CFDT ont décidé d’accepter un bon d’achat Carrefour de 150 euros.

Pire, ces syndicats essaient de calmer la colère des salariés et leur demande de ne plus manifester dans le pays.

La CGT regrette que, pour des raisons essentiellement électorales (les élections ont lieu en 2018 et 2019 en France), ces syndicats se rendent complices de la direction.

Cette situation n’est pas nouvelle, une sociologue a enquêté sur ces syndicats à Carrefour entre 2008 et 2011 et en a fait un ouvrage intitulé « Encaisser ».
L’auteure ? Marlène Benquet.

Pour en revenir au plan Bompard, la CGT rappelle que des mesures peuvent être prises sans mettre en péril le groupe avec entre autres :
• Le reclassement de tous les salariés de la Proximité en interne.
• La formation dans les nouvelles technologies, qui permettra aux salariés de s’adapter aux changements de nos métiers dans la grande distribution.
• La possibilité d’une reprise, soit en franchise, soit en SCOP (Société Coopérative et Participative), des magasins Proximité qui seront fermés. La CGT souhaite que la Direction s’engage à assurer l’approvisionnement et la logistique de ces magasins et que le magasin puisse conserver la marque Carrefour. Cette mesure vise à garantir l’emploi pour les salariés concernés par la fermeture de leur magasin.

La CGT rappelle que les salariés ne sont pas responsables des nombreuses erreurs stratégiques et des manquements du groupe à anticiper les mutations du secteur.

Pour éviter que des mauvaises décisions soient prises à l’avenir et afin d’avoir une meilleure répartition de la richesse, la CGT propose que les organisations syndicales représentatives soient présentes en Conseil d’administration et disposent des mêmes droits que l’ensemble des membres de cette instance (droit d’expression, droit de vote, etc.).

Pour finir, en 2015, Carrefour signe l’accord international pour la promotion du dialogue social et de la diversité et pour le respect des droits
fondamentaux au travail au sein du groupe Carrefour.

La CGT regrettait à l’époque que cet accord ne soit pas contraignant pour Carrefour et donc qu’il y ait peu de chance qu’il soit appliqué.

3 ans plus tard, la situation au Brésil nous donne malheureusement raison : 25 salariés de 4 magasins de Rio, représentant 1500 salariés, ont été licenciés par Carrefour pour avoir osé faire grève.

La CGT demande à la direction du groupe de réunir de toute urgence les représentants syndicaux de ces magasins, sans craindre de nouveaux licenciements, et la réintégration immédiate des 25 salariés licenciés.

Gamm Vert régions Sud et Est en lutte

Dans cette enseigne qui compte environ 600 magasins en France, les salariés sont particulièrement mal payés.
Ce sont les NAO qui ont mis le feu aux poudres !

Le délégué syndical, Alexandre RIQUELME, a organisé une grève sur sa plateforme à Saint-Priest (69). Sur une équipe d’une centaine de salariés, une vingtaine étaient dehors.
La Direction, peu à l’écoute des revendications de la CGT concernant une augmentation générale des salaires, une uniformisation des primes, un accord sur la réintroduction de la prime d’ancienneté conformément à la Convention Collective, a aussi bafoué le droit syndical dans l’entreprise.
La plateforme de Viriat (01) a rejoint le mouvement.

Cependant, après une grève de 4 jours, du 9 au 12 avril, une nette avancée a été faite.
Les salariés ont obtenu une augmentation de salaire et l’intégration de la prime dans le salaire brut !

Une autre bataille reste à mener.
Un projet de regroupement et de délocalisation des deux plateformes sur un seul site a été validé par la Direction.
Les salariés restent dans l’inquiétude tant que les conséquences de cette restructuration ne seront pas connues.
La CGT reste vigilante et les salariés restent motivés car ils ont eu la démonstration que seule la lutte paie !

Série d’actions dans les Bouches-du-Rhône pour vivre et travailler dignement

Dans un contexte d’attaques généralisées contre les travailleurs, la CGT doit prendre ses responsabilités pour être aux côtés des salariés, non pas pour la seule défense de ces derniers, mais aussi pour amorcer la contre-attaque sociale.

Moins connus que d’autres professions pour leur faculté à se mobiliser, les salariés du commerce, de la grande distribution et des services initient souvent des actions pour la sauvegarde de leurs conditions de travail, mais ces grèves ou débrayages sont moins relayés par la presse capitaliste qui cherche avant tout le spectaculaire.

Dans les Bouches-du-Rhône, les camarades du commerce ont décidé de mettre en place une série d’actions afin d’amener leur pierre à l’édifice des luttes sociales que sont en train de construire les cheminots, les salariés des EHPAD et bien d’autres.

Tout cela a commencé à la gare Saint Charles à Marseille, où le groupe Elior possède 5 points de restaurations rapides (Monop’Daily, Meet and GO).
En effet, depuis quelques temps, de très jeunes salariés sont venus nous trouvés pour s’organiser.
Ils souffraient de sous effectifs, de conditions de travail déplorables et de management agressif.
Le 30 mars 2018, une journée de grève a été décrétée et 4 restaurants sur 5 sont restés fermés toute la journée.
Les grévistes ont reçu le soutien de l’UL du centre ville, de l’UD, d’autres camarades du commerce et des cheminots.
Suite à cela, un des DRH du groupe est venu et s’est engagé à mettre fin aux pratiques managériales agressives.
Après ce premier succès, nous continuons à suivre ce dossier de près.

Le lendemain, répondant à l’appel de la CGT au national, un mouvement de grève sans précédents s’est produit dans le groupe Carrefour.
Depuis des mois, les camarades de Carrefour ont initié des actions coup de poing afin de combattre le Plan Bompard qui vise à supprimer plus de 10 000 postes dans toute la France.
Après des NAO catastrophiques, l’annonce d’une participation de 47 euros pour les salariés a été l’humiliation de trop, d’autant plus que le groupe Carrefour a bénéficié de plusieurs centaines de millions d’exonération fiscale au titre du CICE, pour finalement les reverser à ses actionnaires.
Le 31 mars 2018, les salariés se sont dressés contre cette injustice et ont répondu à l’appel de la CGT qui ne s’est pas contentée de parler de la participation, mais qui a continué à mettre l’emploi, les salaires et les conditions de travail au sein de ses préoccupations.
Sur le département, tous les magasins Carrefour ont suivi la grève, avec une mention spéciale pour les hypermarchés, puisque sur les 8 hypermarchés que compte le département, 7 ont fermé leurs portes toute la journée (Aix-en-Provence, Port-de-Bouc, Vitrolles, Chateauneufles-Martigues, Le Merlan-Marseille 13e, Bonneveine-Marseille 8e, Grand Littoral-Marseille 16e).
Soutenus par l’UD, les différentes UL du département et les camarades du commerce (notamment ceux de Casino), les salariés de Carrefour ont pu faire entendre leurs revendications.
A noter que pendant cette journée, le Casino de Port-Saint-Louis s’est joint au mouvement et les salariés ont eux aussi fermé les portes de leur magasin.
Lors de cette action Carrefour, les syndicats CFDT et FO ont été contraints de suivre la CGT dans les blocages et n’ont parlé que de la participation.
Cela ne correspond en rien aux aspirations des salariés.
Pas étonnant que ces mêmes syndicats se soient contentés de l’aumône que leur a jeté à la figure leur PDG suite au mouvement, à savoir des chèques
cadeaux.
Sur notre département, comme ailleurs la CGT va continuer sa lutte contre le Plan Bompard.

La semaine suivante, le 7 avril 2018, ce fut au tour du syndicat CGT Casino la Valentine de déclencher une journée de grève.
Le groupe Casino souffre des mêmes maux que le groupe Carrefour (fonte des effectifs, travail du dimanche, dégradation des conditions de travail, bas salaires…).
Là, c’est la faiblesse de la prime d’intéressement et la menace des ouvertures dominicales toutes les semaines qui ont mis le feu aux poudres.
Dès 4 heures du matin, les salariés, accompagnés par des camarades des autres Casino, de l’union locale et du commerce en général, ont cessé le travail et cela jusqu’à la fin de la journée.
Dans ce magasin de 18 000 mètres carrés et qui est le plus gros chiffre d’affaires de l’enseigne, le taux de grévistes était de 50% (60 salariés sur les 120 présents ce jour-là).
Le directeur refusant de recevoir les représentants des salariés, les grévistes ont donc déambulé dans le magasin pour finalement envahir le bureau du directeur.
Ce dernier s’est montré beaucoup moins hautin qu’à son habitude et a été forcé d’entendre la colère des salariés.
Il s’est engagé à recevoir une délégation du personnel élargie aux grévistes afin d’améliorer les conditions de travail.
Il est à noter que des intérimaires ont été embauchés ce jour-là.
Le syndicat Casino et son union locale de la Vallée-de-l’Huveaune (Marseille 11e et 12e) ont intenté une procédure juridique contre la direction de Casino pour remplacement de salariés grévistes.
Le 12 avril 2018, sur le site d’Eurocopter à Marignane, les salariés en charge de la restauration collective, sous contrat avec Elior, ont aussi fait une journée de grève à l’appel de la CGT, pour dénoncer les bas salaires et les mauvaises conditions de travail.

Le vendredi 13 avril 2018, c’est le syndicat CGT Printemps la Valentine qui a appelé a débrayé à partir de 14 heures.
Les salariées protestaient, contre le management agressif dont elles sont victimes.
En effet, la direction met la pression sur les salariées Printemps qui ont dépassé les 45 ans pour les faire partir et les remplacer par des salariées plus jeunes, embauchées par une marque extérieure et dont le contrat de travail peut être rompu à tout moment par le Printemps.
A 14 heures, une dizaine de salariées, accompagnées de camarades de l’UL affublés de chasubles CGT, ont fait leur apparition devant cette enseigne de luxe et ont distribué plus d’une centaine de tracts pour informer la clientèle.
La direction a alors convoqué une réunion d’urgence et doit revenir vers les élus.
Là encore, ce dossier est loin d’être clos.

Enfin, le samedi 14 avril 2018, après une initiative coup de poing sur le Carrefour d’Aix-en-Provence, tous les camarades du commerce se sont retrouvés sur le vieux port de Marseille, afin de participer à une manifestation organisée par l’UD 13 et soutenue par plusieurs fédérations, dont celle du commerce.
Ensemble et avec tous les progressistes syndicaux, politiques et associatifs (CGT, SUD, FSU, PCF, France Insoumise, NPA, Marche Mondiale des Femmes, Mouvement Pour la Paix, Rouges Vifs, Attac..), ils ont défilé pour vivre et travailler dignement dans les Bouches-du-Rhône.
Cette manifestation a rassemblé 58 000 personnes et, nous l’espérons tous, n’est que le début d’un mouvement national de rejet des politiques menées par Macron et de reconquête sociale.
En attendant, d’autres actions sont en cours et nous continuerons à faire converger les luttes et les colères.
Seule la convergence des luttes nous mènera à la victoire.

Contact : Marie-Hélène Thomet

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