Les conditions de travail dans la grande distribution

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Les conditions de travail dans la grande distribution


L’émission télévisée Cash Investigation du 26 septembre a révélé les pratiques managériales dans les entrepôts dans la grande distribution. Si la CGT et les salariés ne sont pas surpris du contenu de ce reportage, le public, quant à lui, a été scandalisé devant ces pratiques violentes et dangereuses. Les retombées médiatiques ont été nombreuses et ont révélé au grand public ce que vivent au quotidien les préparateurs de commande de Lidl.

L'utilisation des nouvelles technologies, la révolution numérique, comme la commande vocale, les scanners, la robotisation, etc., ont été conçues pour augmenter la productivité au détriment de l’allégement des tâches pour les salarié.e.s, de leur santé et de leurs conditions de travail.
Les métiers de la logistique se sont considérablement développés au point que ce secteur sera bientôt le 2e employeur en France. Les salarié.e.s sont plus souvent accidenté.e.s que dans les autres secteurs d’activités. La gravité des accidents qu’ils ou elles subissent est nettement plus élevée que la moyenne. Dans les plateformes logistiques, les manutentions manuelles et le port de charges sont les premières causes d’accidents du travail (lumbagos, sciatiques, heurts, coupures, etc.), devant les accidents de plain-pied et l’utilisation d’engins mécaniques.
Les salarié.e.s de l’hôtellerie et plus encore, ceux et celles qui travaillent dans la restauration rapide et les restaurants scolaires sont exposé.e.s aux accidents de travail ; respectivement 58 et 65 accidents pour 1000 salarié.e.s par an. Passer toute sa vie professionnelle dans ces métiers est impossible, les effets de la pénibilité y sont très précoces.
De la grande distribution aux petits magasins spécialisés, aux fleuristes, aux coiffeur.se.s, les risques professionnels sont variables selon le type de vente. Mais tous ont en commun, en plus de manutentions répétitives (troubles musculo-squelettiques), des conditions de travail contraignantes telles que des horaires décalés, temps partiels subis, contrats précaires, stress lié au bruit, à l’éclairage, etc.
La grande distribution affiche 30000 accidents avec arrêt (1,5 million de journées de travail perdues sur l’année). Parmi eux 1400 accidents ont conduit à une incapacité permanente. Le nombre de maladies professionnelles a augmenté de plus de 63%.
La Fédération CGT Commerce, Distribution et Services dénonce depuis très longtemps les dégradations des conditions de travail dans le commerce et dans les services. Il est vrai que pour bien des client.e.s, la pénibilité ne paraît pas évidente car le contact avec le public nécessite de faire abstraction de tous les problèmes inhérents au poste de travail.
C’est bien cela qui a choqué l’opinion publique et les proches de ces salarié.e.s, la souffrance au travail existe et elle est source de bien des maux plus ou moins graves mais toujours à prendre en considération.

LA SOUFFRANCE AU TRAVAIL

Dans nos secteurs, toutes les professions sont touchées par une augmentation des arrêts maladies qui conduisent inévitablement vers des licenciements pour inaptitude. On ne compte plus les démissions, les licenciements dus essentiellement aux très mauvaises conditions de travail, au stress, au non-respect de la personne.
Au-delà des conditions de travail dénoncées ci-dessus, les méthodes de managements utilisées dans les entreprises sont dévastatrices pour la santé morale et physique des salarié.e.s.

LA FACE IMMERGÉE DE L'ICEBERG

Comment imaginer que des employeurs refusent à des employé.e.s d’aller aux toilettes ? De telles pratiques humiliantes ont lieu tous les jours et récemment dénoncées par la CGT d’un Leclerc, entre autres.
Comment accepter que des salarié.e.s mettent fin à leurs jours sur leur lieu de travail et à cause de vexations répétitives visant à enlever toute confiance et respect à l’être humain ? La Fédération n’a eu de cesse de dénoncer les suicides au travail, comme à Sodexo, Lidl, Tati Barbes, Carrefour Hypermarché Dijon-Quétigny et Meylan, et dernièrement au Monoprix du Raincy.
En 2017, deux salariées ont perdu leur bébé sur leurs lieux de travail à O’Marché Frais et à Auchan City.
Elles portaient toutes deux des poids incompatibles avec leur état de grossesse. A Conforama Niort, une salariée en situation de handicap a été séquestrée par son employeur pour que celui-ci puisse récupérer un carnet où elle notait tous les sévices dont elle était victime !
Dans les métiers du service à la personne, on note un taux de sinistralité préoccupant, le nombre d’accidents du travail et d’arrêts maladie est l’un des plus important de l’économie nationale (très supérieur au secteur du bâtiment).

LA POLITIQUE AU SERVICE DE LA FINANCE

Les gouvernements successifs ont, de par leurs choix politiques et économiques, privilégiés les attentes du patronat à celles du monde du travail.
Tout est prétexte à faire du chiffre d’affaires pour remplir les poches des actionnaires, des grandes familles et satisfaire les bénéficiaires des fonds de pension… et ceci quelles qu’en soient les conséquences sur la santé de ceux et celles qui produisent les richesses. Macron, le président de la finance, avait déjà affiché clairement ses ambitions sous le mandat de Hollande. A grand coup de loi et d’ordonnances, il ne peut nier sa connivence avec Gattaz.
Avec « l’ordonnance relative à la nouvelle organisation du dialogue social et économique dans l’entreprise et favorisant l’exercice et la valorisation des responsabilités syndicales », Macron plonge le monde du travail dans un système où tout est permis pour l’employeur.
La fusion des IRP (CE, DP et CHSCT) dans une même instance attaque frontalement les moyens qu’avait le CHSCT en termes de prévention des risques professionnels. Les élu.e.s, qui avaient des prérogatives CHSCT, travaillant au plus près des salarié.e.s, verront leurs attributions limitées car elles seront diluées au sein du tout nouveau Comité Social et Économique. Les élu.e.s DP n’ont pas le même périmètre d’action que les élu.e.s CE ou CHSCT.
Sous couvert de garantir le dialogue social, le gouvernement impose le CSE, ce qui démontre, si cela est nécessaire, la volonté de ne pas négocier avec les syndicats, drôle de façon de « favoriser le dialogue social » !

LES SALARIE.E.S NE SONT PAS DES MARCHANDISES

La Fédération CGT Commerce, Distribution et Services considère que le travail doit permettre de vivre dignement, de construire sa vie personnelle, celle de sa famille, de participer au développement économique de la société. Le travail doit retrouver un rôle émancipateur et doit être reconnu comme tel.
En aucun cas il ne doit être la cause de la détérioration de la santé, ou pire, de la mise en danger de la vie des salarié.e.s. La responsabilité de l’employeur est de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleur.se.s.

La CGT exige :
• de travailler autrement pour être bien dans son travail ;
• le droit à la prévention et à la réparation des travailleurs.
La souffrance au travail n’est pas une fatalité, cependant elle existe comme une réalité qui peut et doit être modifiée. De cette manière se pose avec intensité, la mise en œuvre d’initiatives revendicatives portant la nécessaire connaissance et reconnaissance des situations de travail, avec pour objectif leur transformation pour une conquête du droit au « bien travailler ».

Agir sur le travail :
La CGT et ses militant.e.s doivent travailler dans le sens d’une construction revendicative se basant sur cette échelle :
• éviter les risques,
• évaluer les risques qui ne peuvent pas être évités,
• combattre les risques à leur source,
• tenir compte de l’état d’évolution de la technique,
• remplacer ce qui est dangereux par ce qui ne l’est pas,
• planifier la prévention en y intégrant, dans son ensemble cohérent, la technique, l’organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l’influence des facteurs ambiants.

Bien évidemment tout ce travail exige une prise de conscience collective et sera efficace dans sa finalité dès lors que nous pouvons construire un rapport de force dans l’entreprise. Nous l’avons vu, le gouvernement et le patronat veulent détruire les dispositions qui permettaient de protéger le monde du travail.
A nous de tout mettre en œuvre pour imposer à notre tour notre vision du travail.
La Fédération a, pour sa part, décidé d’interpeller la Ministre du Travail afin d’obtenir une audience. L’objectif étant de mettre le gouvernement face à ses responsabilités et mettre à la disposition des syndicats et des salarié.e.s tous les moyens nécessaires pour éviter que le travail soit une source de souffrance.

Contact : Brigitte COUDERC

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